DIES ACADEMICUS UNIGE - 11 octobre 2019

Lettre ouverte aux Professeurs Michel Mayor et Didier Queloz

Chers Professeurs,

Plusieurs mois après la cérémonie du Dies Academicus 2019, placé sous le signe de la diversité, de la pluridisciplinarité et de l’innovation, j’aurais pu écrire à propos des allocutions inspirantes partagés ce matin-là par les lauréats. J’aurais pu raconter le discours aussi remarquable qu’émouvant de Giusi Nicolini, ancienne maire de Lampedusa. J’aurais pu décrire les flamboyants intermèdes musicaux interprétés par le pianiste Théo Fouchenneret et le clarinettiste Kevin Spagnolo. J’aurais pu évidemment parler du CIS et du parcours de sa fondatrice et de son équipe jusqu’à cette belle récompense qu’est la médaille de l’Innovation. Or c'est à vous, chers professeurs, que je souhaite adresser cette lettre ouverte, car il y a dans votre humanité teintée de joyeuse poésie quelque chose d’à la fois familier et universel qui fait de nos quotidiens une exploration permanente.

Professeur Mayor, par cette belle journée d’octobre, juste après la cérémonie, vous étiez assis sur un banc du parc des Bastions, entouré d’admiratrices et d’admirateurs des étoiles pleins les yeux. Souriant tranquillement dans votre vénérable barbe blanche et votre élégant costume sombre, vous aviez l’expression amusée de ceux qui s’étonnent encore des coups d’éclat de leur destin.  Le contraste entre votre charmante bonhomie et l’aura étincelante de votre prix Nobel est à la fois rassurant et stupéfiant. Vous semblez aussi bien goûter aux terrestres saveurs que projeter votre brillant intellect à des milliards d’années-lumière, vous avez l’audace d’imaginer la présence d’exoplanètes et de trouver le moyen de les débusquer tout en assumant malicieusement l’image d’un grand gamin dégustant sa glace à la fraise en plein désert. Quelle science de la poésie, quelle cosmique humanité !

Malgré l’absence du Professeur Queloz à cet événement, votre complicité s’est révélée à travers vos messages, vos regards pétillants et, bien évidemment, par votre prix Nobel de physique couronnant des années de réflexion, d’observations et de passion partagées. Par cette connivence vous incarnez l’extraordinaire énergie créatrice qui incitent les humains à dépasser ensemble les frontières de leurs savoirs et de leurs imaginaires, et ce malgré leurs différences et leurs différends.

Alors que vous consacrez vos nuits à scruter les étoiles et vos jours à modéliser l’invisible, l’équipe du CIS s’occupe de ses stars : les professionnels de la santé. Grâce aux impulsions visionnaires d’Elisabeth van Gessel et Patricia Picchiottino, épaulées par des idées foisonnantes et un solide mécénat, l’inventivité, l’inspiration, l’originalité, le professionnalisme mais aussi l’humour et l’enthousiasme permettent à l’équipe du CIS d’être au service de la formation expérientielle des étudiants et professionnels de la santé. La simulation de situations plus ou moins critiques permet aux soignants et à leurs partenaires d’affronter la réalité ensemble afin de soutenir au mieux les patients vers leur guérison. Au CIS, on joue, on fait semblant, on expérimente, on ose se tromper et on applaudit le courage depuis bien avant la pandémie du Covid-19. On fait semblant, mais paradoxalement l’authenticité est omniprésente, indispensable, incontournable. On joue avec sérieux pour gagner en confiance, en compétences, en collaboration. Chers professeurs, si la gravité universelle est votre spécialité, la gravité de situations de soins est celle du CIS. 

La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre, vous nous invitez avec sagesse à ne pas chercher meilleur ailleurs, sur d’autres planètes encore à découvrir, et à prendre soin de notre Terre « très belle et encore tout à fait habitable », selon vos propres mots. Votre colère face à l’invasion de notre espace par des dizaines de milliers de satellites, dont les sillages lumineux parasitent l’observation et l’exploration des profondeurs de l’univers, nous rappelle que les chemins vers les savoirs sont parsemés d’obstacles. Par ce que vous êtes, vous démontrez que simplicité et passion vont de pair.

En ces temps incertains où la crise causée par la pandémie au coronavirus terrasse nos convictions et où la nature jubile quand l’humanité se confine, il existe un lien. Par-delà un prix Nobel de physique, une médaille de l’Innovation ou un confinement généralisé, ce qui nous lie, vous, brillants astrophysiciens, à nous, simulateurs en santé ou autres explorateurs de la vie, c’est cet humanisme teinté de poésie… et surtout cette formidable énergie créatrice qui anime celles et ceux qui cherchent un sens et une application à donner à ces mots : regarder plus loin et prendre de la hauteur afin d’être au plus près.

Chers professeurs, merci de regarder si loin, si haut, avec une telle humilité. Merci de nous rapprocher les étoiles afin que la réalité, même simulée, ne cesse jamais de nous inspirer.

 

 

                                                                                                                                 Véronique Meister, avril 2020

Le

, un centre conjoint

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